Pratiques récréativo-touristiques et accès privatif aux rives lacustres : entre tensions et affinités

Résumé : Au cours du XIXe siècle, l’attitude longtemps méfiante des sociétés vis-à-vis des eaux stagnantes aconnu un renversement, qui a conduit à une mise en tourisme progressive des grands lacs alpins, etnotamment du Léman et du lac d’Annecy. Des stations thermales qui se tenaient à distance de lanappe d’eau aux premières villégiatures qui se sont approchées des rives, en passant par l’aménagementde plages et de promenades en front de lac, et jusqu’à la diversification actuelle des loisirs nautiques,l’eau lacustre s’est progressivement imposée comme une ressource touristique connue et reconnue.En Savoie et en Haute-Savoie, les grands lacs font d’ailleurs l’objet d’une campagne de marketingterritorial spécifique, mise en place en 2014 par l’organisme de promotion touristique des deuxdépartements, Savoie Mont Blanc Tourisme. Après des décennies de focalisation sur le tourisme hivernalde montagne, les acteurs publics locaux commencent ainsi à miser sur les lacs dans leur politiquede développement touristique. Sur le terrain, cet engouement se confirme : à la belle saison, ces lacssont pris d’assaut par les habitants, les excursionnistes et les touristes, qui y déploient toute unegamme de pratiques récréatives plus ou moins sportives.Pour autant, ces lacs sont loin d’être pleinement accessibles à tous et leur érection au rang d’espacetouristique majeur ne va donc pas de soi. Au-delà même de l’enjeu de l’accessibilité routière et du stationnementsouvent difficile le long de routes très fréquentées, et parfois contraintes par la topographie(espace restreint entre lac et montagne), se pose la question de l’accès à la rive et, partant, de l’accès àl’eau pour le plus grand nombre. Une part importante du linéaire littoral du lac d’Annecy et du Lémanest en effet occupée par des propriétés privées, qui ne respectent pas toujours (Léman), ou pas du tout(Annecy), les servitudes de passage traditionnelles assurant en théorie l’accès des piétons au littoral.Les relations entre pratiques récréativo-touristiques et privatisation des rives sont pourtant loin d’êtreunivoques. Certaines pratiques touristiques entretiennent une affinité très nette avec le phénomène deprivatisation. Les établissements hôteliers et gastronomiques haut de gamme, certains campings, etcertaines structures de location de matériel nautique tendent à réserver à leurs seuls clients, de manièreplus ou moins hermétique, l’accès au lac sur les linéaires qu’ils occupent. L’accès privatif à l’eau constituedans ces cas-là un argument commercial non négligeable et largement mis en avant. L’eau lacustrefait alors figure de ressource touristique d’autant plus valorisable que les acteurs du tourisme cherchentà la rendre rare et à la réserver à des happy few.À l’inverse, d’autres pratiques entrent clairement en contradiction avec la privatisation des rives, et notammentles pratiques dynamiques suivant une logique linéaire. Dans les milieux pratiquant la randonnéetout particulièrement, la privatisation des rives est vécue comme un blocage à une progression linéaireperçue comme allant de soi (faire le tour du lac). Sur la rive française du Léman, ces milieux sontà l’origine d’une mobilisation croissante pour le respect des servitudes de passage traditionnelles etpour un libre accès à un lac considéré comme un bien commun. Sur le lac d’Annecy, la mobilisationn’est pas comparable, mais les restrictions d’accès aux rives ont pu alimenter des conflits d’aménagementponctuels dans la période récente.Cette communication s’inscrit dans des travaux de thèse en cours, qui portent sur l’accès aux rives desgrands lacs alpins pour les pratiques de loisirs (Annecy, Bourget, Léman). D’un point de vue méthodologique,elle s’appuie sur des observations de terrain menées depuis l’été 2016, sur un travail cartographiquemobilisant notamment les données cadastrales et sur des entretiens avec les élus des communesriveraines, les acteurs institutionnels, les associations locales et les usagers. Elle porte plus spé-cifiquement sur le lac d’Annecy et sur la rive française du Léman et analyse la tension entre pratiquesrécréativo-touristiques et privatisation de l’espace, dans la manière dont la société construit l’eau lacustrecomme ressource touristique.
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Contributor : Océane Giorda Edytem <>
Submitted on : Thursday, March 29, 2018 - 3:29:21 PM
Last modification on : Wednesday, October 31, 2018 - 2:33:13 PM

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  • HAL Id : hal-01753306, version 1

Citation

Alice Nikolli. Pratiques récréativo-touristiques et accès privatif aux rives lacustres : entre tensions et affinités. Eau et Tourisme / Water and tourism 9, Institut de Géographie et de Durabilité; Université de Lausanne; Institut Tourisme - HES-SO Valais-Wallis, Nov 2017, Sion, Suisse. ⟨hal-01753306⟩

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